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Partie 2: Douleur Chronique


Traitement de la douleur chronique dans le paysage médical moderne

Le traitement de la douleur chronique est un problème qui a été rendu plus complexe par des préoccupations liées à l’utilisation à long terme des analgésiques opioïdes, qui peuvent inclure des toxicomanies ainsi que des effets secondaires désagréables. En fait, la première recommandation de la ligne directrice canadienne de 2017 pour les opiacés pour la douleur chronique non cancéreuse est d’éviter l’utilisation des opioïdes dans le traitement initial. À sa place, une approche multidisciplinaire de la gestion de la douleur chronique est préférable1. Cela peut inclure non seulement l’utilisation de plans de gestion des non-opioïdes analgésiques selon la douleur, mais aussi l’ajout de l’exercice physique, la kinésithérapie, la diète et une intervention psychologique.

Cela ne veut pas dire que les opioïdes sont à proscrire complètement lors du traitement de la douleur chronique. Par-dessus tout, l’objectif d’un plan de traitement est d’offrir aux patients le soutien nécessaire pour vivre une vie aussi indolore que possible. En fait, la plupart des directives pour la gestion de la douleur chronique reflètent l’échelle analgésique de l’OMS qui commence par les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) puis progressent vers les opioïdes doux et s’arrêtent aux opioïdes forts. Même les recommandations canadiennes citées plus haut n’excluent pas l’utilisation d’opiacés (sauf dans le cas de patients qui montrent un trouble de la toxicomanie), mais soulignent que les AINS peuvent avoir une efficacité similaire aux opioïdes dans l’atténuation de la douleur sans être liés à des effets secondaires importants2. Dans l’ensemble, il est préférable d’explorer d’autres options avant de s’engager sur une gestion de la douleur axée sur les opioïdes.

Les alternatives de traitement non médicamente ux peuvent être aussi variées que les types et les causes de la douleur chronique vécue par les patients et sont souvent liées aux détails relatifs aux déclencheurs de la douleur de l’individu, aux sources de celles-ci et à l’expérience du patient. La physiothérapie, la massothérapie, l’exercice physique, la stimulation électrique nerveuse transcutanée (TENS), l’acupuncture, le yoga, le Tai-Chi, le traitement ostéopathique, la manipulation vertébrale et la réduction du stress basée sur la pleine conscience ont tous les avantages indiqués dans la gestion de la douleur chronique3. Tout au long de tout traitement, il est important que les patients se sentent impliqués dans les décisions prises pour gérer leur douleur, avec une communication claire entre eux et les praticiens comme pierre angulaire de cette démarche d’habilitation3. Les thérapies doivent également être liées à la gravité et à l’impact de la douleur chronique sur la vie quotidienne de chaque patient.

Il est aussi extrêmement important d’examiner le lien entre la douleur chronique et le dysfonctionnement psychologique. Les personnes atteintes de douleur chronique courent un risque considérablement accru de dépression et d’anxiété. Bien que les médicaments psychologiques comme les antidépresseurs et les anticonvulsivants aient démontré une certaine efficacité dans certains cas en atténuant la douleur chez les patients, l’aspect de la santé mentale de cette condition est au moins aussi critique compte tenu en particulier de la nature à long terme des symptômes et des effets secondaires potentiels associés à un traitement pharmacologique basé sur des médicaments forts.

Contrairement à d’autres conditions, mettre sur pied un plan de traitement de la douleur chronique peut parfois exiger de défier le parti pris contre les opioïdes comme une stratégie de gestion de la douleur et les craintes liées à leurs effets secondaires de la part des patients et des professionnels de la santé. Bien qu’ils devraient généralement être considérés seulement après que les options de traitement pluridisciplinaire aient été épuisées, ils ont une place importante dans le traitement de certains types de douleur chronique lorsqu’ils sont prescrits avec précaution dans le cadre d’un programme où le patient et le médecin disposent d’une ligne de communication ouverte et constante.

  1. Busse J, Guyatt G, Carrasco A, et al. La recommandation canadienne de 2017 sur les opiacés pour la douleur chronique non cancéreuse (The 2017 Canadian Guideline for Opioids for Chronic Non-Cancer Pain) http://www.cmaj.ca/content/suppl/2017/05/03/189.18.E659.DC1/170363-guide-1-at-updated.pdf (accédé le 24 avril 2018).
  2. Boulanger A, Clark AJ, Squire P, et al. La douleur chronique au Canada : avons-nous amélioré notre gestion de la douleur chronique non cancéreuse ? (Chronic pain in Canada : Have we improved our management of chronic noncancer pain?) Pain Research & Management 207;12 (1):39-47.
  3. NIH. Chronic Pain: Symptoms, Diagnosis, & Treatment (Douleur chronique : Symptômes, diagnostic et traitement ), NIH Medline Plus 2011;6(1):5-6.